
J'ai marché dans le désert. Pas beaucoup, à peine quelques
pointillés sur l'infinitude de la ligne droite. Pas de quoi s'enorgueillir,
au contraire juste assez pour retrouver une certaine humilité dont
le monde moderne nous prive. Il n'y a rien de particulier qui me mène au désert, et pourtant
tout m'y ramène. Un goût certain pour la solitude, cette solitude
qui me fait grandir , lentement, au rythme de ma compréhension.
Je dois y retourner, encore. Je crois que je ne peux pas m'en empêcher.
Je dois y trouver quelque chose que l'effervescence de l'Europe ne me permet
pas de toucher. Ici, en France, pour voir mon voisin , je traverse la rue. C'est une trop
grande facilité. Dans le Sahara, tout se mérite. Chaque petite
chose, chaque effort devient important. Soudain, le petit geste habituel et
machinal devient notable, un peu plus conscient même.
Le désert permet de nous alléger, pour ne garder que l'essentiel,
c'est l'expérience de la pauvreté dans toute sa noblesse. Pauvreté
c'est à dire dénuement, seul l'indispensable reste présent.
Les différences sont nivelées, nous sommes égaux face
à une nature qui nous domine contrairement à ailleurs où
nous l'avons domestiquée. Pour apprécier sa propre vie, je pense que nous devons être mis
à l'épreuve. Dans cette épreuve tout prend sens, laisse
un goût indélébile. La rudesse de Sahara pousse tout être
vivant dans ses retranchements. Rien n'est feint. La sentence serait immédiate.