" Mes espaces sont fragiles : le temps va les user, va les détruire
: rien ne ressemblera plus à ce qui était, mes souvenirs me trahiront,
l'oubli s'infiltrera dans ma mémoire, je regarderai sans les
reconnaître quelques photos jaunies aux bords cassés. [...]
L'espace fond comme le sable coule entre les doigts. Le temps l'emporte
et ne m'en laisse que des lambeaux informes.
[...] essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre
quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse,
laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes.
"Georges Perec, Espèces d'espaces.
Des maisons vides, des pièces abandonnées.
Quand ? Par qui ?
Des façades s'étalent, des murs s'alignent
Le bois s'effiloche, la matière s'effrite et se fissure.
Le temps s'est installé.
Je regarde à l'intérieur.
Je cherche à rentrer.
Je surprends parfois des fragments d'histoires, brusquement figées.
Je sens le temps qui file et se vide.
Je découvre des traces qui s'accrochent, des signes que j'emporte
par effraction.
Lieux encore imprégnés de vie, d'une vie passée dans
ces murs.
Une vie qui reste malgré elle, malgré tout ;
qui s'installe et dure au-delà de notre passage.
Des histoires, avant et après,
ici et ailleurs.
Des traces intérieures invisibles et parfois indélébiles
semblent répondre aux signes infimes qui s'impriment
quand le temps les use et les recouvre.
Ce qui reste quand tout est parti.
Une histoire passe.