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Lungo lago

Au départ, un premier voyage.
Chaque fois je passais à coté, je tournais la tête à Côme, quelques secondes, le lac entrevu.
Juin 2000. Je m'arrête.
La route longe le lac, tous ces détours. La route est serrée, les murs sont hauts, les villas semblent magnifiques, les grilles sont fermées.
Le soir tombe. Bellagio s'allume. Balcon de l'hôtel Roma, la villa Carlotta regarde le lac en face ; le parc s'étale sur la rive.
Villa Melzi, villa Monastero, villa del Balbianello...
Les jardins restent suspendus dans la lumière, en silence et dans l'attente.
Le portail de la villa Cipressi s'ouvre sur le large, les vieux arbres tendent vers le ciel.
Je reste longtemps assis sur les marches.
L'année suivante c'est l'automne.
Je retourne vers les lacs : les îles Borromée, Isola Bella, le lac Majeur.
Rêves de palais, délires princiers.
Je longe les rives.
Lac d'Orta. Hors saison, hors du temps.
Terrasses sous la pluie, tout reste gris.
Monte Isola toute en rondeur, dans la douceur italienne du lac d'Iseo.
L'eau lisse les contours, la lumière reste pâle et attristée.
Je reste plusieurs jours.
L'orage arrive, les montagnes se rapprochent, plus pressantes, le vent défait tout.
Lac de Garde. Un blanc.
Deux jours. Le lac même devient invisible, le silence s'installe immobile.
Je pars.
Un dernier regard, dans le bac, Varenna s'en va, les cyprès restent droits, les colonnes et les statues jouent à cache-cache avec la nature.

" Hélas ces jardins d'Italie, un jour on les a traversés, jamais on ne s'y fixe.
On ne saurait y vivre ;
Ils ne sont que des endroits de loisirs.
Voilà le pays de silence, de l'effacement universel des choses et des êtres.
Contentons nous d'y passer quelquefois. "

( Barrès, Du sang de la volupté et de la mort )

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